Voilà un avertissement clair : ce texte ne cherche en rien à vous pousser à arrêter la pilule contraceptive. La décision vous appartient, à prendre en toute connaissance de cause. Mon propos : livrer un témoignage personnel, offrir un autre angle de vue, sans occulter les risques ni enjoliver la réalité. Parce que sur la pilule, les discours se suivent et ne se ressemblent pas toujours.
Chaque soir, même heure, même rituel : le téléphone sonne, la pilule avalée d’un geste automatique. Pour beaucoup, elle fait partie du paysage depuis l’adolescence. Pratique, fiable, mais rarement anodine… Derrière ce minuscule comprimé se cachent souvent bien plus que la simple promesse d’éviter une grossesse. De mon côté, j’ai choisi, il y a six mois, de tourner la page. Ce choix, je l’ai partagé sur Instagram, et les questions n’ont pas tardé. Les doutes, aussi. D’où ce récit, pour éclairer, sans parti pris, un sujet qui mérite mieux que des demi-mots.
Remontons le fil. J’ai commencé la pilule autour de mes 15 ou 16 ans, difficile d’être précise. Les règles étaient insupportables : vertiges, nausées, malaises à répétition. Et puis, il faut l’avouer, la rumeur circulait déjà : la pilule ferait grossir. À l’époque, 45 kilos toute mouillée, je trouvais l’idée plutôt rassurante, naïveté de jeunesse. Première prescription : Leeloo Gé. J’ai changé ensuite, sans trop me rappeler pourquoi. Rapidement, la nouvelle pilule m’a transformée : hypersensible, les larmes faciles, ce qui ne me ressemble pas. Retour à Leeloo après discussion avec mon médecin. Résultat de l’opération : cinq kilos de plus, la balance affichait 50.
Trois ans plus tôt, nouveau changement : passage à Minidril. Là, tout semblait rentrer dans l’ordre. Je prenais ma pilule sans y penser, les douleurs se faisaient discrètes et, cerise sur le gâteau, j’avais gagné une taille de bonnet. Pour beaucoup, un détail, pour moi, un vrai plus. Je pesais 51 kilos, satisfaite de cette stabilité retrouvée.
Quand le corps se rebiffe
L’an dernier, le scénario a dérapé. D’abord, les règles se sont mises à jouer à cache-cache : deux jours présents, deux jours absents, puis retour à la case départ. Rien de grave en soi, alors je n’y ai pas prêté attention. Mais progressivement, les kilos se sont installés, ciblant cuisses, fesses, ventre, là où l’on préfèrerait que rien ne s’accroche. Je n’avais rien changé à mon alimentation ni à mon activité physique. Pourtant, je me retrouvais face à une prise de poids difficile à expliquer. La silhouette s’arrondit, la cellulite débarque. Premier choc.
À cela s’ajoute une peau en pleine crise : boutons, sécheresse, teint brouillé, cicatrices persistantes. L’image du miroir ne me convenait plus du tout. Je ne me reconnaissais plus dans ce corps qui semblait me tourner le dos. L’effet ne s’est pas arrêté là : la fatigue, la démotivation, le moral en berne sont venus s’ajouter à la liste. Mon estime de moi a pris un sérieux coup dans l’aile.
Le déclic, et après ?
Février, au hasard d’une vidéo sur YouTube, je tombe sur le témoignage de CocoLili à propos de l’arrêt de la pilule. Électrochoc : je réalise que j’injecte tous les jours des hormones synthétiques à mon corps, sans vraiment me demander si c’est encore adapté. Je commence à creuser la question, consulter des articles, lire des témoignages sur les effets d’un arrêt. À ce stade, j’avais pris deux kilos de plus : 53 sur la balance. Rien d’alarmant, pensais-je. Mais à la rentrée, la situation s’est dégradée : prise de poids continue, peau en détresse, moral au fond du trou. La peur d’une grossesse non désirée me retenait, mais je voulais voir ce que mon corps avait à dire sans hormones.
Octobre : la balance affiche 56,4 kg. J’en parle à mon compagnon, qui comprend mon malaise et me soutient. Au départ, je pensais juste faire une pause d’un mois, histoire de voir… Finalement, la pause est devenue rupture définitive.
Un mois plus tard, le ressenti s’inverse. Plus d’énergie, moins de fatigue, un état d’esprit plus léger. Avant, le moindre repas me faisait gonfler. Cette sensation s’est dissipée, tout comme l’envie permanente de grignoter. Je n’ai rien changé à mon alimentation, ni repris le sport. Seule différence : la pilule n’a plus sa place sur la table de chevet.
Ce que j’ai lu ici et là le confirme : le corps met du temps à retrouver son équilibre après un arrêt, surtout après des années d’habitude hormonale. Six mois après, le bilan est parlant : le moral est revenu, les jambes se sont affinées, l’eau retenue a disparu, la cellulite aussi. J’ai perdu du ventre, des fesses, dommage pour le fessier, mais c’est le jeu. Les sautes d’humeur se sont faites plus rares, je retrouve peu à peu une version de moi qui me convient. Les règles restent douloureuses le premier jour, mais rien à voir avec les crises d’avant. La bouillotte reste mon alliée, mais il m’est même arrivé, une fois, de ne ressentir aucune douleur.
Pour donner une idée concrète, voilà ce que montrent mes mesures prises avant et après l’arrêt :
- Poids : 56,4 kg avant / environ 52 kg six mois plus tard
- Tour de taille : 69 cm avant / 63 cm après
- Tour de hanche (niveau fessier) : 93,5 cm avant / 90 cm après
Pour les cuisses, je n’ai pas de chiffres précis mais l’impression d’avoir perdu environ 5 cm.
Questions reçues, réponses sans filtre
Parmi les messages reçus, deux reviennent souvent. Premièrement : « Quelle méthode contraceptive maintenant ? » J’ai choisi d’éviter les hormones, donc pour l’instant, préservatifs. Si besoin, j’envisagerai un stérilet au cuivre.
Autre interrogation : « Arrêter la pilule a-t-il changé votre libido ? » Pour ma part, pas vraiment. Mais chaque corps a sa propre histoire, et ce qui vaut pour moi ne se vérifie pas forcément pour tout le monde.
Pour celles et ceux qui réfléchissent à leur contraception ou envisagent d’arrêter la pilule, voici quelques conseils tirés de mon expérience :
- Avant toute décision, prenez le temps de vous informer, de discuter avec des personnes qui ont franchi ce pas, de peser les conséquences. Le recul des autres aide parfois à y voir plus clair.
- Ne prenez pas mon vécu comme une règle générale : parlez-en à votre médecin ou gynécologue, explorez les autres options existantes, demandez conseil. Il arrive qu’on recommande un arrêt progressif plutôt qu’un sevrage brutal, pour ménager l’organisme.
- Si vous partagez votre vie avec quelqu’un, dialoguez franchement. L’arrêt de la pilule change la donne, il vaut mieux que le partenaire comprenne les enjeux, les risques, les contraintes. Beaucoup d’hommes sont mal informés sur la contraception féminine : c’est l’occasion de partager l’expérience, d’ouvrir la discussion.
- N’attendez pas des effets immédiats ni spectaculaires. Chaque corps réagit différemment, arrêter la pilule n’équivaut pas à suivre un régime. Le métabolisme, la génétique, l’histoire de chacun jouent un rôle. Si les symptômes persistent, un avis médical s’impose, il se peut que la pilule n’ait rien à voir avec vos soucis et que d’autres causes (thyroïde, par exemple) soient à explorer.
- Sur Instagram, @beverlaaaye m’a recommandé le livre « J’arrête la pilule » de Sabrina Debusquat. Je compte m’y plonger prochainement, et je pense que ce genre de lecture peut apporter des clés supplémentaires.
Chacun avance à son rythme, avec ses doutes et ses certitudes. Changer de contraception, c’est parfois se confronter à ses peurs, mais aussi retrouver la sensation d’un corps qui se réveille, d’une énergie qui revient. La suite reste à inventer, à chacune, à chacun, d’écrire la sienne.

